Description
Johann-Michael VOLTZ (1784-1858) gravé d'après, (XIXe), Arcimboldesque, Tête composée de Napoléon 1er "Buonaparte" lithographie rehaussée à l'aquarelle.
23x18.2 cm
Notes
Il ne s'agit pas là d'une caricature, mais bien d'une gravure satirique d'une violence très particulière, comme seuls les Allemands en produisirent, faisant allusion à la bataille de Leipzig, véritable piège dans lequel Napoléon s'est jeté. Son buste est en effet composé d'une carte de l'Allemagne où sont montrées les batailles de la campagne de 1813, Lützen, Gros-Beeren, Hanau, et surtout Leipzig. Véritable dieu de la mort, son visage est composé de cadavres. L'aigle qui surmonte sa tête et se dessine en petit chapeau est l'aigle prussien et non l'aigle impérial. L'épaulette est formée de la main de Dieu, c'est donc une œuvre mystique dans le contexte du romantisme allemand, où le nationalisme naissant se teinte d'une dimension sacrée. Cette gravure illustre une idée caractéristique de l'Allemagne du temps, qu'a fort bien explicité Hegel. D'abord considéré comme « l'âme du monde », c'est-à-dire comme l'acteur de l'Histoire, histoire sacrée, Napoléon ayant outrepassé les principes de l'Histoire, ceux-ci passèrent entre les mains de l'Etat prussien. Dans une lettre à son ami Niethammer, en date du 5 juillet 1816, le philosophe écrit : « Je m'en tiens à cette idée que l'esprit du temps a donné l'ordre d'avancer. Cet ordre est obéi ». En dix années, Hegel remarque que l'Absolu a quitté Napoléon pour s'objectiver dans la Prusse. C'est exactement ce que semble démontrer cette caricature, qui va bien au-delà de la simple critique napoléonienne (voir N. Boussard, « Napoléon, héros hégélien », Souvenir napoléonien, mars-avril 1995, n° 400, p. 8-20).
P. 98: La veine satirique qui donna naissance aux "têtes composées" de la Réforme et de la Contre-Réforme, reparaît au XIXe siècle sous une forme abâtardie [avec ce profil de Buonaparte parmi d'autres hommes célèbres], … bien qu'à la source de cette iconographie … on trouve les animaux fantastiques des miniatures indo-persanes tardives, formés de corps d'hommes et de femmes étroitement mêlés, image dénuée de tout soupçon de vulgarité et qui se situent sur le plan du symbolisme religieux.
L'œuvre fut vendue à plus de 20 000 ex. À Berlin en une seule semaine.
La version française fut annoncée par le Journal de Paris du 3 mai 1814 (Clerc, p. 189, n° 61).